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À tombeau ouvert: La crise de la société israélienne Michel Warschawski

À tombeau ouvert: La crise de la société israélienne

Michel Warschawski

Published March 2003
ISBN :
128 pages
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 About the Book 

Avril 2002: loccupation du camp de réfugiés de Jénine donne lieu à une explosion de brutalité qui marque un tournant dans les normes de conduite de larmée israélienne et du gouvernement qui lui donne ses ordres: assassinats dhommes désarmés,MoreAvril 2002: loccupation du camp de réfugiés de Jénine donne lieu à une explosion de brutalité qui marque un tournant dans les normes de conduite de larmée israélienne et du gouvernement qui lui donne ses ordres: assassinats dhommes désarmés, destructions systématiques de maisons sur leurs habitants, utilisation de jeunes Palestiniens comme boucliers humains, interdiction aux ambulances de venir secourir des blessés. Sans parler du vandalisme systématique et de la multiplication des actes de pillage.Quelques semaines plus tôt, on pouvait voir des soldats israéliens faire courir devant eux des Palestiniens à moitié nus, dautres marquer leurs prisonniers avec un numéro sur le bras. La presse israélienne faisait même état dun officier supérieur qui appelait à étudier les tactiques appliquées par la Wehrmacht pour écraser linsurrection de Varsovie.Quelque chose a craqué dans la société israélienne, en profondeur: une nouvelle mentalité, de nouvelles normes comportementales et morales se sont fait jour. Une nouvelle politique aussi, et une armée dont la composition et les méthodes ont radicalement changé.Ce changement, on peut le dater: fin juillet 2000, avec le fiasco du sommet de Camp David, et les ravages provoqués par le Grand Mensonge dEhoud Barak: «les Palestiniens ont refusé nos offres généreuses- la preuve est faite quils nont jamais renoncé à leur objectif intial: détruire lÉtat dIsraël». La société israélienne se persuade que son existence même est menacée. Et tout est permis pour se défendre: on a le droit de tuer, de torturer, de détruire des quartiers entiers, de bombarder des zones dhabitations civiles.Quand on mène une guerre de survie, il faut aussi sen donner les moyens en termes de mobilisation citoyenne et de protection face au «danger intérieur». Une véritable révolution nationale est donc en cours, à travers les changements structurels entrepris par le ministère de lÉducation nationale, les médias de plus en plus enrégimentés et une Cour suprême qui remet en question certaines de ses propres jurisprudences en faveur des libertés individuelles.Particulièrement préoccupante est la volonté de «remettre à sa place» la minorité palestinienne dIsraël, par une législation visant à réinstitutionaliser leur enfermement en ghetto et à interdire toute forme dexpression politique qui ne serait pas conforme aux «priorités nationales». Les vingt ans de libéralisation et de normalisation qua connus la sociéte israélienne après linvasion du Liban en 1982 sont bel et bien révolus. Lintégrisme militariste et le colonialisme messianiste ont triomphé des partisans de la paix. Israël ne croit plus à la paix, Israël ne veut plus croire à la coexistence et semble avoir fait le choix du conflit total avec le monde arabo-musulman, quel quen soit le prix.Comment un tournant aussi extrême, avec des implications aussi graves, a t-il pu se produire si rapidement?On a sans doute exagéré les ruptures internes à la société israélienne pendant les années 1980 et 1990: les racines du mal actuel étaient déjà là, même pendant la période du «processus de paix». Trois facteurs principaux peuvent expliquer pourquoi Israël a fait, le choix de la guerre totale: 1) le poids de la peur dans la culture israélienne, entretenue par les machines de formation idéologique mais aussi liée à lhistoire du génocide dont les effets sont encore omniprésents- 2) la mentalité coloniale dont même les pacifistes israéliens ont de la peine à se débarrasser dans leurs relations avec les Palestiniens, ce qui explique lincapacité de négocier une paix fondée sur légalité et la réciprocité- 3) la mentalité tribale: confrontée au choix entre réconciliation avec les Arabes ou réconciliation nationale, la grande majorité des Israéliens préfèrent perdre la paix pour garantir lunion nationale.Le choix dun ghetto armé et dépendant totalement des États-Unis est un choix suicidaire où la société israélienne risque, après avoir tout détruit sur son passage, de se précipiter droit dans le mur, comme Samson dans sa guerre face aux Philistins.